La pratique du contrôle de gestion dans l'administration territoriale

Première partie: Comment cela fonctionne

Par Moha Khettouch, fonctionnaire

 

Il s'agit, dans une optique plus globale, d'un système d'information complet dont la vocation consiste à faciliter le pilotage de cette entité à tous les niveaux organiques et dans toutes les fonctions qui la composent. Il s'efforce de réaliser une synchronisation optimale des spécialités et des motivations en son sein à travers la façon dont elle est gérée.
En définitive, le contrôle de gestion vise à réaliser une meilleure articulation entre l'action et le programme de ladite entité, en substituant à l'approche de moyens et de ressources celle de résultats.

· Homogénéiser l'action


C'est dans cet esprit que le contrôle de gestion est susceptible de constituer l'instrument capable de favoriser l'homogénéisation des actions et des réactions en vue d'atteindre, dans les conditions optimales, les objectifs de ladite administration en tenant compte, non seulement de son ambiance interne, mais aussi et surtout de l'environnement externe constitué par les usagers, les prescripteurs et les professionnels de toutes natures.
Le contrôle de gestion est un système d'information qui poursuit au moins deux objectifs:
• celui de favoriser l'action en permettant à chaque responsable de conduire son unité de gestion; et
• celui d'instaurer et de maintenir le dialogue, en ouvrant à chaque responsable la latitude de rendre compte de sa gestion au niveau supérieur.
Il faut, toutefois, noter que la conception actuelle du contrôle de gestion, dans l'esprit des gens, est tout autre et ne correspond pas à son acception originelle. En effet, dans le langage ordinaire, le contrôle de gestion prend une connotation répressive et est, chemin faisant, perçu comme une nouvelle forme d'inquisition dont il faut se méfier. On y voit «I'épée de Damoclès» qui n'attend que la première opportunité pour tomber.
Le contrôle de gestion devrait être compris dans le sens qui en fait un instrument capable d'assurer la maîtrise d'une situation et susceptible d'en garantir la tenue en main par le biais d'une interaction permanente et constante entre l'information et l'action.
Aussi, faudrait-il vulgariser le contenu de la mission du contrôle de gestion en précisant, autant que possible, son véritable rôle par rapport aux gestionnaires opérationnels, pour permettre à l'administration territoriale de s'assurer que toutes ses énergies et ses ressources se mobilisent en permanence vers les objectifs qu'elle s'est fixée, en aidant tous les responsables à exercer le guidage de leur unité de gestion respective, en utilisant des méthodes et des techniques appropriées pour accomplir cette mission.

· Les quatre phases


Le contenu technique du contrôle de gestion appliqué à l'administration territoriale se déroule, en principe, sur quatre phases:
- En premier lieu, il s'agit de définir les objectifs par l'utilisation des outils de planification et de budgétisation et d'arrêter un cadre logique, qui constitue la base de départ après avoir fait le point de la situation au moyen d'un diagnostic approfondi et objectif.
- En second lieu, il est nécessaire de pouvoir mesurer les réalisations et les écarts par rapport aux objectifs en recourant à la comptabilité budgétaire. Cela peut également être fait par ce que l'on appelle, en science du management, la gestion par exception, qui consiste à définir, pour chaque catégorie d'information, des seuils de tolérance qui déclencheront, de la part du contrôleur de gestion, une investigation plus poussée pour analyser les causes par le recours régulier et constant au tableau de bord.
Celui-ci constitue un instrument fiable pour la prise de bonnes décisions à n'importe quel moment de l'exécution d'un programme, d'un projet ou d'une opération.
- Ensuite, il faut analyser les écarts en vue d'en déterminer les causes tant par le contrôleur de gestion que par les opérationnels. Cette étape est le prolongement logique de la précédente.
- Dans une ultime étape et à la lumière de ce qui a été fait à travers les trois phases précédentes, il y a lieu d'opérer le choix des actions correctives utiles pour redresser la situation et résorber les erreurs du passé. Cette étape constitue la synthèse qui est susceptible d'ouvrir de nouvelles perspectives aux décideurs et à tous les détenteurs de pouvoirs: quels qu'en soient le degré et la nature dans l'administration territoriale.
Ce pouvoir n'appartient en tout état de cause qu'aux opérationnels. Le contrôleur de gestion aide à imaginer les décisions possibles, mais en aucun cas, il n'a à décider.
Il peut toutefois se rendre utile en éclairant les opérationnels, en tant qu'observateur avisé et impartial, dans la détermination et l'application des objectifs assortis de leurs caractéristiques.
Les caractéristiques d'un objectif telles qu'elles sont perçues par le contrôle de gestion peuvent être résumées dans les cinq impératifs suivants:
- un objectif correspond à une prévision volontaire: il vise, ipso facto, une situation dans le futur qui nécessite une solution optimale en fournissant un effort pour l'atteindre;
- il doit être précis, en d'autres termes, il est nécessaire qu'il soit chiffré et mesurable; que son délai soit arrêté dans le temps, qu'il soit possible et réalisable compte tenu des moyens disponibles;
- il doit, en outre, être négocié; d'où la notion de contrat-adhésion- motivation destinée à concilier ambition et réalisme;
- il gagne également à être cohérent en s'efforçant à maximaliser en l'optimalisant sa participation et sa contribution à l'achèvement de l'objectif final.
Cette démarche porte, en elle, la dynamique qui canalise l'action vers l'achèvement ou la finalisation des objectifs tracés à l'administration territoriale dans le cadre de la politique générale de l'Etat.
- Il est, enfin, tout à fait indiqué qu'il puisse être contrôlable, c'est-à-dire susceptible d'être mesuré en permanence afin de pouvoir opérer, le cas échéant, d'éventuelles corrections, redressements, affinements, voire transformations sectorielles, segmentaires ou intégrales.
Si un objectif répond à toutes ces caractéristiques, il ne saurait, alors, qu'avoir des effets positifs et pertinents sur la façon dont les opérationnels de la gestion territoriale, à tous les stades du management, gèrent leurs affaires et sont capables, chemin faisant, de mener leur navire à bon port.


 

Deux façons de voir un objectif

 


Le contrôle de gestion a des acceptions différentes suivant que l'on se place dans le contexte du système anglo-saxon ou dans celui du système latino-européen, dont l'influence sur l'administration marocaine est très forte. Il peut être défini, à notre sens, comme étant un processus, donc un ensemble de procédés, mis en oeuvre dans une entité administrative locale, entendue, au sens large, pour la mobilisation permanente des ressources de tout genre, et des énergies de toutes natures en vue d'atteindre les objectifs que cette entité s'est fixée.
En tout état de cause, le contrôle de gestion, en tant que système, met en oeuvre et pratique des techniques qui lui permettent de se placer dans son vrai contexte, celui d'appui, de soutien et d'aide aux opérationnels aussi bien au niveau du sommet stratégique qu'à ceux des relais hiérarchiques et des centres d'exécution.

· Gérer, c'est aussi réagir aux contradictions


Il faut rappeler que gérer une administration territoriale, c'est la conduire vers un objectif global, en utilisant et en combinant au mieux les moyens (matériel, financier, humain) dont elle dispose en fonction des opportunités ou des problèmes qu'elle rencontre dans son environnement économique et social lato sensu. La gestion d'une administration locale déconcentrée ou décentralisée doit être conçue comme étant l'affaire de tous. Il est d'une nécessité impérieuse qu'une solidarité permanente s'instaure entre tous ses gestionnaires pour faire face, ensemble, aux diverses contradictions et aux multiples oppositions de l'environnement local de cette administration.
Car il s'avère, en cette occurrence pleine de complexités, que gérer, c'est résoudre des contradictions; c'est agir et réagir dans le sens de l'intérêt de I'administration territoriale et, à travers lui, de l'intérêt général national. Il s'agit, en d'autres termes, d'instaurer une harmonie d'ensemble, une consonance parfaite parmi tous les acteurs qui commandent, peu ou prou, la dynamique de cette administration en tant qu'entité économique et sociale.