La pratique du contrôle de gestion dans l'administration territoriale

Par Moha Khettouch, fonctionnaire

Dernière partie Comment bien l'installer

 

Dans notre édition du mardi 8 avril (www.leconomiste.com), nous avons examiné avec l'auteur le fonctionnement du contrôle de gestion, particulier à l'administration territoriale, encore très peu pratiqué, mais qui pourrait changer bien des habitudes chez les collectivités locales et ce, au moment où leurs pouvoirs vont être considérablement renforcés. Voici la deuxième partie de son analyse sur les bonnes pratiques pour l'installation de ce contrôle de gestion.


La conception et la mise en place du contrôle de gestion dans une entité territoriale requièrent certes des moyens humains et matériels et du temps mais aussi et surtout de la volonté formulée expressément et sans ambages, par les instances qui ont entre les mains la destinée de cette entité.
Deux cas de figure se présentent:
• l'installation intervient à l'occasion d'une réorganisation, d'une restructuration ou d'une réforme;
• ou alors elle est opérée dans l'organisation existante. Il s'agit, alors de greffer une structure nouvelle à l'organigramme existant, en prenant soin de s'assurer qu'il n'y ait pas de phénomène de rejet.
Dans l'une ou l'autre situation, on peut percevoir quatre étapes dans le processus d'implantation du contrôle de gestion dans une administration territoriale:

1- Il y a d'abord une évaluation analytique de la situation que l'on peut mettre en valeur:
* en s'assurant de la perception du décideur local quant à l'utilité du contrôle de gestion. Il doit en ressentir le besoin sans restriction ou perplexité;
* en veillant à ce que les responsables locaux soient suffisamment bien informés et bien imprégnés de méthodes à mettre en place; ces responsables doivent être au fait, dans le moindre détail, de ce que l'on veut faire;
* en dispensant la formation adéquate aux futurs contrôleurs et aux agents opérationnels pour que les uns participent à l'implantation de la méthode et les autres à mieux l'utiliser. Il est nécessaire que toute la population locale responsable mette la main à la pâte avec une conviction sans faille.

2- Il est ensuite indispensable d'effectuer l'analyse économique globale à partir de l'organigramme de gestion, par la réalisation d'un inventaire exhaustif des centres d'activités en assurant, autant que possible, I'emboîtement des différentes fonctions et en appréciant, à sa juste valeur, le poids de chaque unité de gestion et sa contribution effective au résultat global.

3- Il faut, en outre, faire l'analyse détaillée des besoins des gestionnaires. Le contrôleur de gestion ne se met pas à la place des agents opérationnels pour décider des informations dont ils ont besoin, ni des types d'objectifs qui peuvent leur être fixés. En revanche, il doit faire, pour chaque unité de gestion, un état récapitulatif des types d'objectifs possibles et des informations de gestion utiles et fiables (physiques, financières, humaines, statistiques, etc.).

4- Ce n'est qu'à l'issue de ces actions que l'on doit se pencher sur la conception et la mise au point d'un système d'information composé des subdivisions suivantes:
* un système budgétaire basé sur la gestion par objectifs et aboutir, enfin de compte et progressivement, à la mise au point d'un budget-programme orienté dans l'axe qui se caractérise, en priorité, par une obligation de résultats;
* un plan comptable adapté au système budgétaire local dans sa formulation;
* un réseau de tableaux de bord qui permet à l'information de circuler de l'amont vers l'aval et vice-versa; et aux centres de décisions de mieux coordonner leurs actions afin de pouvoir apporter les correctifs et les redressements nécessaires aux moments opportuns.
Compte tenu de la complexité des opérations inhérentes à l'installation du contrôle de gestion dans une entité territoriale locale, il est difficile de ne pas admettre combien la fonction de contrôleur de gestion est délicate et nécessite des aptitudes et des habilités spéciales et hautement expérimentées dans le domaine de la gestion en général et des évaluations et contrôle en particulier.
Aussi est-il exclu de confier la charge du contrôle de gestion à des personnes dont le profil ne correspond pas au poste en question; et ne répond pas à un minimum de conditions et d'exigences nécessaires et utiles liées principalement à la formation de base et à l'expérience pratique dans le domaine du management (voir encadré).
Contrairement à la conception négative très répandue, le contrôle de gestion est un système éducatif destiné à aider, soutenir et appuyer les opérationnels pour qu'ils puissent mieux gérer les entités locales dont ils sont responsables et dont ils doivent rendre compte, en faisant de bonnes prévisions, en prenant de bonnes décisions, en se montrant capables de corriger l'action dans l'espace et à n'importe quel moment, en ayant toujours, à portée de mains, des solutions de rechanges, des possibilités de rectifier le tir si cela s'avère nécessaire.
Le contrôle de gestion est un instrument d'action et un système de communications.
Il prend en considération les aspirations et les motivations du personnel de l'administration locale. Il signifie que celle-ci dispose d'un système cohérent d'objectifs. Il met en place un système d'information utile aux opérationnels en vue de mieux apprécier les conséquences de leurs décisions et des actions menées pour les finaliser en objectifs ou en résultats.
La pratique généralisée du contrôle de gestion au niveau local s'inscrit dans le cadre de la nouvelle politique de l'Etat destinée à renforcer la déconcentration des pouvoirs et celle de la décentralisation fonctionnelle et territoriale existante. Elle vise aussi à favoriser la gestion par objectif et à instaurer un système adéquat d'évaluation analytique, dynamique et finale des programmes et des projets dans le sens de la capacité à mesurer, objectivement, les écarts entre les prévisions et les réalisations effectives.


 

De bons effets de synergie

 


Les effets positifs du contrôle de gestion sur les agents opérationnels dans l'administration territoriale se manifestent, dans la réalité, par:
• le renforcement de la mise en place d'une délégation rationnelle des responsabilités en aidant le délégant à mieux synchroniser les actions des unités opérationnelles en les orientant vers un objectif général explicite et clair;
• le renforcement des professionnalismes, des aptitudes et des habilités des ressources humaines opérationnelles et leurs qualités de gestionnaires en les aidant à percevoir la relation entre leurs décisions et leurs résultats immédiats ou à moyen et long termes;
• l'obligation à imaginer l'avenir en tirant parti des opportunités offertes et en contournant avec le minimum de pertes les menaces et les risques de l'environnement économique et les aléas des conjonctures locales;
• l'incitation susceptible de leur donner, autant que possible, le goût de l'action en maintenant leur motivation et leurs préoccupations tournées vers la réalisation des objectifs généraux de l'entité locale et du développement territorial intégré;
• le développement de leurs aptitudes à animer des équipes et à entretenir l'adhésion et la motivation de leurs collaborateurs en les conduisant vers un but défini et clair, au préalable. Le contrôle de gestion les prépare, précisément, à exercer ultérieurement de plus larges responsabilités en toute connaissance de cause.


 

Choisir le bon profil

 


Le métier de contrôleur de gestion en général est difficile et délicat, en raison de la nature et de l'objet de sa mission d'une part; et de l'hostilité de son environnement à l'accepter et encore moins à l'adopter d'autre part. D'une façon générale, l'environnement interne d'une entité territoriale décentralisée ou déconcentrée montre une progression d'hostilité manifeste à l'égard du contrôle de gestion, en raison de la conception qui en est encore faite actuellement. Celui qui en est investi, en effet, est assimilé à un gendarme, dont le but du comportement est nécessairement répressif.
Le contrôleur de gestion, quant à la nature et à l'objet de sa mission, est, en même temps, un praticien et un artiste dans son domaine et un animateur et un pédagogue dans ses relations.
C'est d'abord un praticien et un artiste car il doit savoir:
• faire l'analyse économique d'une entité territoriale de gestion en utilisant son art et son savoir d'économiste;
• recenser les informations physiques, financières et humaines en utilisant ses aptitudes de manager;
• construire, mettre en place et assurer la maintenance de systèmes d'informations prévisionnels, en faisant appel à ses connaissances et habilités de stratège et planificateur;
• s'assurer que le coût de fonctionnement de ces systèmes d'informations n'est pas excessif et supérieur à leur utilité, pour autant que celle-ci puisse être mesurée et appréciée en recourant à son art et à sa finesse d'expert en comptabilité et à tout ce qui lui est lié;
• réaliser des études économiques et sociales ponctuelles ou des simulations de gestion, qui sont de nature à faciliter la prise de décisions en mettant en application son expérience de manager et d'administrateur ayant pratiqué, avec performance et fiabilité, des méthodes de gestion performantes.
C'est ensuite, un animateur et un pédagogue car il doit:
• expliquer autant les buts du contrôle de gestion que ses principes de fonctionnement et ses méthodes;
• faire en sorte que le système d'information fonctionne et soit utilisé par les opérationnels;
• animer les réunions budgétaires locales et d'analyses des résultats pour que les objectifs soient fixés et que les décisions soient prises;
• maintenir entre les contrôleurs et les opérationnels un consensus sur le rôle du contrôle de gestion ainsi que sur son organisation et ses procédures.